PRECIS DE
SARKOMETRIE
(FEUILLETON n° 2)
SARKOZY, LES GENES ET L’ADN
DES GENES HETEROSEXUELS AUX AUTRES GENES
Les gènes de SARKOZY l’ont fait hétérosexuel. Ce n’est pas une effraction dans le fichier ADN des délinquants sexuels qui a permis de divulguer cette information. C’est le PRESIDENT himself, élu par 53% des Français pas pour commenter l’actualité mais pour apporter des solutions, qui l’a déclaré devant un vaste public. Il s’est d’ailleurs depuis longtemps attaché à le démontrer largement, au-delà semble-t-il du seul cercle relativement restreint de ses épouses légitimes. Il n’est pas le seul à devoir d’attachants traits de sa personnalité à ses gènes. Se trouvent dans la même situation, nous a-t-il appris, les homosexuels, les pédophiles, les suicidés : des décennies de psychologie ridiculement subjective se sont ainsi retrouvées à leur place, dans les poubelles de l’histoire avec tous ceux qui ont cru grâce à ce soutien se connaître mieux et vivre mieux. Il est vrai que ce même Président (élu par …) a déclaré « Connais-toi toi-même est la maxime la plus idiote que je connaisse », ce qui nous fait regretter de le connaître mieux que lui-même.
Depuis un vote récent de l’Assemblée nationale, rejoignent cette cohorte les enfants ayant la bizarre intention de rejoindre leur papa qui travaille dans notre généreuse REPUBLIQUE, aux lois de laquelle nous tous et eux sommes priés de nous soumettre - sauf quand nos délits (des délits propres, hein, pas comme ceux des gosses de banlieue) sont dépénalisés ou le seront très bientôt.
DE LA TENTATION DE L’EXCES ET DE SON INUTILITE
Alors les tests ADN pour pallier les éventuelles défaillances d’état-civil de pays n’ayant pas comme nous le bonheur de connaître administration sans faille qui permit jusqu’à une époque récente aux électeurs corses d’ignorer les aléas d’un décès prématuré, que pouvons-nous en dire sans excès ?
Parce que l’excès, on en a bien envie. Déjà l’addition de l’identité nationale à l’immigration, ça provoquait une poussée d’adrénaline. Mais c’est ça la grande force de Sarko : une énormité, nous adrénalinons. Puis il faut bien se calmer. Alors vient l’énormité suivante, aussi sec on adrénaline de nouveau mais du coup l’énormité d’avant paraît tolérable. L’ADN, c’est comme ça.
L’ADN POUR LES COUPABLES
On l’introduit d’abord comme moyen d’enquête judiciaire. O.K., il y a un crime, il y a un juge, il y a un coupable et des innocents. Si ça clarifie vraiment l’identification du coupable et l’exonération de l’innocent, on est d’accord, évidemment. On l’introduit comme moyen de confirmation ou d’infirmation de la paternité. Là aussi il faut un juge et en plus il faut le consentement de celui à qui on va prélever son ADN. Là aussi, pas trop de problèmes : un juge, une procédure, un consentement. C’est grâce à ça que l’abbé Pierre n’est pas un papa inattendu. Tout ça reste raisonnable. D’autant que si on triche en essayant de faire un test ADN sans procédure judiciaire : 15.000 (oui, quinze mille) € d’amende. Ce qui n’empêche pas qu’on trouve sur Google des liens commerciaux pour commander des tests ADN de paternité de manière totalement confidentielle avec un numéro d’appel en 0800. Comment droit et non-droit coexistent et en plus c’est moins cher en clandestin qu’en officiel !
Alors arrivent les délinquants sexuels. Alors que les vidéo clubs regorgent de films pornos, que les enfants de huit ans regardent « J’ai deux trous, réchauffe-les moi » sur la télé familiale pendant que papamaman dînent chez des potes, que
L’ADN POUR LES NON COUPABLES
Et crac ! Revoilà le test ADN qui ressort pour une liste quasiment sans bornes de délits : même les faucheurs de maïs empoisonné y ont droit. Et attention : ça ne s’applique pas pour des délits jugés et condamnés. Non, ça s’applique pendant des gardes à vue. Evidemment on s’est ému. La gauche s’est émue, quelques belles âmes de droite ont émis des réserves et se sont absentées au moment du vote, quelques sénateurs ont chevrotés leurs doutes ! mais la loi est passée. Il devait bien y avoir 11 députés en séance pour l’adoption finale. Mais tout ça c’est du Sarko : même quand le projet de loi était présenté par le ministre de la justice (je mets une minuscule, c’est plus exact), c’est notre omniprésent ministre de l’Intérieur (je mets une majuscule, c’est plus réel) qui avait obtenu gain de cause dans les discussions interministérielles.
ET L’ADN POUR LES IMMIGRANTS (immigrés, ils y arriveront peut-être mais c'est vraiment pas sûr)
Alors maintenant les immigrants. On veut de l’immigré choisi. On se demande comment on va faire pour choisir entre un immigré pour manier le marteau-piqueur sur un chantier 48 heures par semaine (puisque évidemment il voudra travailler plus : il est venu pour ça) et un immigré pour laver la vaisselle et le reste dans un hôtel 50 heures par semaine (puisque évidemment il voudra travailler plus : lui aussi il est venu pour ça) et choisir entre celui qui voudra venir d’Afrique noire (celui qui ne s’inscrit pas dans l’histoire : peut-être que ses gènes ignorent l’histoire ?) et celui qui ne voudra pas venir d’Amérique du Sud. Mais bon c’est pas le problème, on parle d’ADN.
Donc ce n’est pas à l’immigré qu’on va demander un test, c’est à ses enfants quand il voudra les faire venir
- parce qu’enfin il aura décroché le salaire à 130% du SMIC (pourquoi on ne demande pas au Français qui veut avoir un enfant de gagner au moins 130% du SMIC ?)
- parce qu’enfin il aura décroché le logement aux normes sanitaires, y compris la ventilation basse de la cuisine, qu’on exige pour lui alors que des centaines de milliers de propriétaires ont le droit de louer à des français des logements hors normes.
Remarquons qu’on n’est pas des chiens : on l’oblige pas. On lui propose d’être volontaire. Pourquoi ? parce que dans son pays il n’y a pas d’état-civil fiable. De quels pays s’agit-il : au choix le Sénégal,
MAIS ATTENTION : SEULEMENT POUR LES VOLONTAIRES !
Vous voyez le tableau : la maman à Abidjan a fait la queue sous le soleil africain (celui qui leur a donné le rythme dans le sang) pendant des heures devant l’entrée aveugle du consulat de France. Elle est maintenant en face du fonctionnaire du consulat. Il est de catégorie C et en France il aurait un traitement de 1.400 € net. Là il multiplie par trois, il a une voiture avec une plaque diplomatique, il a une petite bonne africaine (elle est toute jeune, elle a déjà de très jolies formes mais ce n’est pas de la délinquance sexuelle : elles sont tellement précoces ! et puis elles aiment ça les petits européens blafards et bedonnants : toujours le soleil qui donne des pulsions). Tout ça lui donne une morgue à coté de laquelle l’ambassadeur paraît modeste. Et il lui dit : « Tes papiers (bien sûr, il la tutoie, comme un bon policier bien républicain avec les beurs de banlieue) sont pas nets : combien tu les a payés au maire de ton village ? (c’est pas en France qu’un élu se ferait payer un service, mais on pourra en reparler). Avec ça, rejoindre ton amri avec tes enfants, c’est pas évident. » Alors elle, qui sait comment on peut s’arranger avec tant de petits fonctionnaires des consulats, elle lui tend de nouveau les papiers et cette fois il y a une petite enveloppe dedans, avec quelques billets en CFA. Ca ne se passe pas ainsi dans tous les consulats, bien sûr, mais ça existe. Alors l’employé, sans dire merci : « Peut-être que si tu faisais faire un test ADN pour ton mari et les enfants, ça pourrait marcher. Qu’en penses-tu ? » Franchement, vous la voyez dire non ? Et voilà comment on fabriquera du volontariat.
Ce n’est pas fini. Il faut imaginer la scène suivante : elle habite dans une petite ville de 10.000 habitants à
LA PATERNITE /LE GENE, LE GENE/LA RACE / LA NATION ???
Je m’égare dans les problèmes pratiques. J’allais presque oublier les principes. Pourquoi l’enfant serait-il l’enfant ? Est-ce que ce sont les gènes qui déterminent la qualité d’enfant ? On fait quoi des enfants adoptés, par exemple de ces délicieux petits noirs adoptés par des blancs, ou de ces délicieux petits vietnamiens adoptés par des blancs ? Vous allez dire : les blancs, ça n’émigre pas en France parce qu’on a déjà oublié les dizaines/centaines de milliers de polonais, italiens, portugais espagnols du siècle dernier. Et demain, oui demain, les ukrainiens seront évidemment éligibles à l’immigration choisie et pourquoi l’état-civil ukrainien serait-il plus fiable que le malien? On fait quoi des jeunes enfants de la mère décédée qu’on a pris chez soi parce que c’est la coutume ? On fait quoi du gosse perdu qu’on a recueilli dans la brousse ? On fait quoi avec l’enfant né grâce à une escapade extra matrimoniale mais qui est nourri, éduqué, aimé par le père ignorant (il y en a qui pourrait dire des choses sur les escapades extra conjugales, et même des chefs d’Etat pas tous dans un passé lointain) ?
La paternité est-elle seulement biologique ? Et si la paternité est seulement biologique, jusqu’où va la biologie ? est-ce qu’elle ne pourrait pas aller, par exemple, jusqu’à la nationalité ? Le droit du sang, ça ne rappelle rien ? La pureté du sang, ça ne rappelle rien ? Alors le Thierry MARIANI à la langue de bois révulsante quand il parle de « l’honneur de
ET SI ON S’INDIGNAIT POUR DE BON ?
Et on retrouve là le début : une énormité, on adrénaline, on se calme, une autre énormité. Un délinquant avéré, un peut-être délinquant, un non délinquant. Nous sommes pourtant nombreux, les non délinquants (et si on rajoute les délinquants, encore plus). Alors on attend quoi ?
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