60 ANS, J’AI LE DROIT DE CAUSER!
60 ans, la retraite. Pour beaucoup c’est de l’espoir –enfin le temps de vivre- et du désespoir –enfin le temps de mourir. Ou du moins de s’éteindre progressivement : que faire de tout ce temps qui n’en finit pas ?
Moi, je suis très content. Je travaille depuis l’âge de 19 ans, sans parler des petits boulots avant. Et tout ce temps, j’ai dû faire attention à ce que je dis.
Prof : il fallait faire attention tout le temps. Comment dire à un sale gosse ce qu’on pense de lui et de la manière dont il a été conçu ?
Fonctionnaire, petit d’abord : attention aux petits chefs et à leur autoritarisme. Plus grand ensuite : attention aux grands chefs et à leur fourberie. Plus grand encore : attention aux subordonnés et à leur susceptibilité. Sans parler du politiquement correct du moment. Et du gargouillis informe qui sert de langage administratif : je souhaiterais souligner à cet égard … une hypothèse prudent conduirait à envisager … sans doute conviendrait-il de consulter … une réaction d’opposition ne serait pas à exclure …
En entreprise : comment dire tout le mal qu’on pense des produits fabriqués ? comment dire tout le mal qu’on pense de l’obsession du court terme qui tue le long terme ?comment dire ce qu’on pense de la mégalomanie du président ? comment dire qu’on pourrait réduire de 30% les salaires des dirigeants, ce qui permettrait de préserver quelques centaines d’emplois ?
Donc tout le temps faire attention à ce qu’on dit, à la manière de le dire. La fermer en somme, même quand on y croit très fort.
Retraité à 60 ans : la retraite va tomber régulièrement et ce n’est pas l’assurance vieillesse qui nous licenciera (nos enfants, ce ne sera peut-être pas pareil). Les chefs se sont évaporés dans leur propre retraite, c’est plus des nuisibles. La plume (le clavier) peut se délier.
Alors tous ces sujets qu’il fallait éviter ou n’aborder qu’avec d’extrêmes précautions, je peux enfin plonger dessus. Je peux être désagréable, voire injuste : ce n’est plus le problème. J’ai droit non seulement à l’expression de mon sentiment mais aussi à celle de mon humeur. L’humeur, elle peut porter sur l’actualité. Elle peut porter sur du passé proche ou même plus lointain. Elle peut porter sur du futur. J’y vais et je commence par un sujet à la mode : le creusement d’une tombe royale par la reine elle-même.
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