D’abord l’ADN
Sarkométrie n°2 : la technique de la provoc. Sarko (Hortefeux = Sarko) sort dans un projet de texte une énormité. Poussée d’adrénaline chez les bonnes âmes, qui ont raison de s’indigner mais par définition l’indignation ça se calme. Les capsules surrénales ne peuvent pas produire de l’adrénaline en continu. Donc on se calme, on entre en discussion, la provoc est modifiée par d’innombrables sous-amendements. Les sénateurs chevrotent, ils ont même, quels audacieux ! voté contre en commission des lois. Mais en séance ils ont dans leur langage fleuri remercié le ministre d’avoir été si sensible à leurs petits frissons humanistes et républicains, d’avoir si bien su entourer des « nécessaires précautions » l’emploi de cette indignité. Et couchés, forcément couchés dirait Marguerite, ils ont voté pour en séance. D’accord, c’est plus tout à fait le même test : seulement pour la mère, payé par l’Etat français, avec un juge. OK mais la bataille de principe est gagnée. L’ADN est là. Sarko a gagné, avec l’aide de son porte-flingue patenté, d’autant plus porte-flingue qu’il a eu tellement peur d’être disgracié juste après la présidentielle. Ils ont gagné avec l’aide de l’inestimable MARIANI, celui à coté duquel l’addition de Le Pen, Gollnisch et Maigret fait figure de ratatouille laxiste. Un pas de plus vers l’ADN généralisé : la paternité contestée, le délinquant sexuel, le placé en garde à vue, l’immigrant. On parie que la prochaine étape, ce sont les enfants agités à partir de 3 ans (vous vous rappelez l’enthousiasme de Sarko devant le rapport de l’Inserm sur les enfants agités dont on sait dès l’âge de 3 ans qu’ils délinqueront, sauf si on les fourre dans la bonne maternelle, celle où on materne pas ?) La souris grignote son gruyère à petites bouchées et en silence, Sarko et ses affidés nous bouffent à grandes bâfrées et à grand bruit.
Et toujours à plat ventre, ils ont à nouveau voté pour en commission paritaire avec les députés dans la même position.
Ensuite EADS
Il y a beaucoup de chapitres avant, mais il faut bien commencer quelque part.
Donc FORGEARD devient coprésident d’AIRBUS après une guerre sanglante chez Lagardère qu’il gagne grâce à l’appui de Chirac qui n’a jamais manqué une occasion de soutenir un homme d’argent de ses proches (pourquoi les hommes d’argent plus que les autres ?). Normalement il est tout content le Forgeard et il se met à bosser : un poste superbe, un salaire énorme, des stocks-options gigantesques et des défis techniques magnifiques, y a de quoi bosser non ? Et ben non il bosse pas. Enfin si : il préside des tas de réunions. Et tout son travail, le vrai, il le consacre à un objectif, un seul : devenir le seul chef, tuer la coprésidence franco-allemande (les Allemands n’ont pas aimé et ils le font payer tous les jours au gouvernement français, donc à nous citoyens et contribuables). Même pour un Forgeard, les journées ne durent que 24 heures et il ne peut plus veiller à l’avancement de l’A380 qui rencontre, c’est bien normal pour un engin pareil, des problèmes colossaux de mise au point. C’est lui qui doit cornaquer les usines allemandes, c’est à Hambourg que s’accumulent les erreurs : il ne voit rien, son œil est fixé sur la ligne bleue des Vosges et de la présidence unique.
Je ne travaille pas dans l’aéronautique puisque je suis retraité. Mais je n’y étais pas non plus auparavant. Mais j’ai des copains, des amis, des relations, des DRH, des ingénieurs, des consultants et je papote cool relax avec eux. Et bien on me raconte que pour l’A380, le premier retard annoncé en 2005, ce ne sera pas le dernier. Vers octobre 2005, on me raconte que les ingénieurs se prennent vraiment la tête : il y a des câbles qui se présentent à Toulouse ni avec la bonne longueur ni devant les bonnes connexions, il faut retoucher tout ça mais on n’y arrive que très difficilement, au prix de milliers d’heures d’un véritable ravaudage, de centaines d’allers-retours Toulouse Hambourg des ingénieurs et des techniciens et de millions d’€ qui deviennent des centaines de millions, qui dépassent le, les milliards et continuent de grimper entre frais techniques, pénalités de retards et trous de trésorerie.
Alors si dans ma paisible retraite francilienne j’en entends parler, qui peut croire qu’en mars-avril 2006 personne n’en parlé à Forgeard, à Enders, à Lagardère (lui, on lui en sûrement parlé, mais c’est pas sûr qu’il ait entendu : c’est pas de la presse coco, c’est pas du sport), et Gut, le stratège du commerce Airbus : aucun d’eux n’aurait rien su entre toutes les réunions, tous les reportings (des milliers de pages de listings), toutes les « operations reviews » ? C’est pas bien de nous prendre pour des crétins (quoique … nous nous laissons faire avec une telle constance : comment, pour eux, résister à la tentation ?).
Et alors, tous, avec un bel ensemble, ils vendent sur la même période. Les petits actionnaires s’euphorisent, ça y est : Airbus a enfoncé Bouingbouing malgré les subventions de la Nasa, alors eux ils achètent. Forgeard, célèbre pour son mélange radinerie-cupidité : 3.811.000 € de plus-values, 4.054 mois de SMIC net, 337 années de Smic net. Je sais, c’est démagogique comme argument, il y a quand même presque 3.000.000 de personnes qui vivent avec le SMIC et si on leur répartissait la plus value de Forgeard, ça ferait pas grand chose pour chacun. Et Lagardère, il ne s’agit plus du même ordre de grandeur : il s’évite 700 millions d’€ de pertes.
Et notre gouvernement, en charge de notre intérêt général, c’est à dire pas de leurs intérêts particuliers, et actionnaire de référence d’EADS. Lui non plus ne sait rien, mais alors rien de rien. Et pourtant il s’est posé des questions : ne devrait-il pas vendre lui aussi, juste pour renflouer un peu un Trésor qui emprunte 110 millions d’€ par jour ? non, il n’a pas vendu parce qu’EADS c’est stratégique. C’est tellement stratégique qu’il ne sait rien de ce qui s’y passe. Pourtant sur la note de l’Agence des participations de l’Etat qui pose au ministre Thierry Breton la question d’une vente éventuelle, il y a une phrase manuscrite. Manuscrit, ainsi l’ordinateur n’en garde pas trace, mais hélas les photocopies existent. Cette phrase dit qu’il est « important que les actionnaires se déterminent rapidement, les bruits actuels risquant de peser sur le cours du titre ». C’est un très haut fonctionnaire le directeur de cette Agence et en plus c’est un vrai financier. Il connaît le poids des mots, plus lourd chez les financiers que dans beaucoup d’autres Il maîtrise donc la litote, mais ses lecteurs connaissent le code. Et en plus il l’a écrit de sa main : c’est donc la seule phrase à laquelle le ministre fera attention et bien sûr qu’il lui demande : « que voulez-vous dire ? » et s’il ne le lui demande pas, c’est qu’il le sait déjà. L’omniscient Thierry, si fier de tout savoir tout le temps, ne savait rien ce coup-ci, juste sur ce coup-ci. Quoique, si on se rappelle bien, le coup de la modestie oublieuse, il nous l'a déjà fait : il y a quelques années quand il y a eu un problème de rémunération tout à fait irrégulière (déjà des sous, déjà de l'irrégularité) chez RHODIA, Breton en était administrateur et meme membre du comité des rémunérations. Il avait rien vu, rien entendu, rien lu. Il ne savait pas. Il a même dit "je n'étaisqu'un petit admiistrateur". Réaction de sa femme :"C'est bien la première fois que Thierry est petit !"
Et la Caisse des dépôts, « le bras armé de l’Etat ». Cette formule ne veut rien dire, sauf qu’elle dit tout. L’Etat veut du HLM, elle fait du HLM. L’Etat veut de la politique de la ville, elle bascule dans la politique de la ville. L’Etat veut de l’aide aux pays africains, elle finance de l'aide au développement (ou du sous-développement, ça dépend si on est gouvernant ou gouverné). Alors là, tout d’un coup, toute seule, elle décide d’acheter 2,5% du capital d’EADS (environ 600 millions d’€). A la Caisse des dépôts, les procédures tiennent sur des mètres de rayonnage, en particulier sur l’information de la Commission de surveillance avec ses parlementaires et ses représentants de l’Etat. Mais la Commission, l’équivalent du Conseil d’administration, n’a appris cet investissement que le lendemain et le ministre lui il ne l’a appris que le surlendemain « par la presse », il l’affirme devant la commission des finances du Sénat. Dirons-nous « Je crois puisqu’il l’a dit » ?
La République est bien là. Grâce à laquelle nous nous félicitons chaque jour de n’être pas né birman. Et avec ses petites et grandes bassesses/crapuleries.
ET, CERISE SUR LE GATEAU, LA CAPORALETTE DE LA CULTURE !
ALBANEL, Christine de son prénom : vous voyez qui c’est ? La cultureuse de Chirac, discrète, sympa, connue de tout ce petit/grand monde de la culture depuis si longtemps. Un premier couronnement : patronne du Château de Versailles. Et là, divine surprise : Sarko pour qui la culture contemporaine se résume à Renaud (Line), Reno (Jean) et Clavier (Christian), tous difficiles à nommer ministre de la Culture, et bien il choisit Christine ALBANEL. Il lui fait le coup de la lettre de mission : en deux ans elle doit tout régler et faire de la France le phare culturel mondial qu’elle fut entre 1600 et 1800. Fastoche le défi.
Alors elle, elle est heureuse. Forcément le ministère de la rue de Valois est superbe. Il faut donc durer au moins deux ans. Elle est discrète, dur pour un ministre de la Culture, mais intelligente et elle connaît les mécanismes de Cour (en fait elle a même commencé à l’Elysée sous Giscard : Giscard + Chirac + Sarko, ça doit être un record qui témoigne de la maîtrise des mécanismes de la Cour). Alors elle a compris que, plaire à Sarko quand on est discrète, c’est pas forcément facile. Alors elle cherche comment faire et elle a une idée : dans quel métier Sarko s’est-il éclaté ? FLIC. Donc devenir fliquette, ou caporalette, ça doit marcher.
1ère manifestation de cette vocation « La loi et l’ordre » : l’engueulade à un directeur de théâtre qui s’est épanché sur sa douleur devant l’élection de Sarko, et par écrit l’engueulade. Henri TAQUET n’en est pas encore revenu. Du théâtre national au théâtre présidentiel, voilà un beau projet culturel !
Confirmation de cette vocation. Dans la nuit du 5 au 6 octobre, 5 jeunes complètement bourrés secouent vaguement une porte du musée d’Orsay : la porte s’ouvre. Des milliers de tableaux, une valeur incalculable et la porte s’ouvre dans la nuit. Vous vous dites : les mecs, ils ont dû faire une drôle de tête quand les alarmes se sont déclenchées ! Eh bien non : elles ne se déclenchent pas. Ils divaguent dans le musée, ils dégueulent par terre et pour finir, les pauvres cloches, ils filent un grand coup de poing dans un tableau de Monet. Très con. La ministre est indignée, c’est le moins qu’elle puisse faire. Mais ça ne suffit pas, on est sarkoZZZiste ou pas. Elle l’est.
Donc elle déclare avec beaucoup d’émotion, mal contenue, tout juste si on ne perçoit pas un sanglot dans sa voix ferme de ministresse de la République : « Il faut voir comment on peut aggraver les sanctions quand il y a intrusion dans des musées, des églises et des monuments". Une connerie quelque part, une loi. Deux conneries : deux lois. Trois conneries, trois lois. Alliot-Marie et les chiens dangereux : deux drames, deux groupes de travail pour préparer deux renforcement de la loi. Les chiens on va les euthanasier, la troisième fois c’est leurs propriétaires qu’on va liquider). A ce rythme le Parlement va s’épuiser, le Journal officiel va éradiquer les forêts et Thierry MARIANI sera obligé de faire du copier-coller avec ses amendements.
Bonne route, Christine, pour le Panthéon des Malraux, Duhamel et Lang !