dimanche 25 novembre 2007

L’UIMM, CEUX QUI OUBLIENT, CEUX QUI SE SOUVIENNENT

L’UIMM

CEUX QUI OUBLIENT, EUX QUI SE SOUVIENNENT

600 millions d’€ dans la caisse noire, non : dans la caisse de solidarité, la caisse du RMI pour patronat en somme. 20 millions retirés en liquide : j’imagine, j’essaie de calculer le volume de billets que ça représente. Parce que l’argent liquide, ça se distribue pas en billets de 500 € : aucun commerçant ne les prend. Imaginons 20 millions d’€ en billets de 20 € : 2 millions de billets ! une surface de 2.734.000 m2, mis bout à bout : 2.640 km de longueur, Paris-Moscou sur un tapis de billets de 20 €. Le patronat du 19ème siècle mettait l’argent dans des lessiveuses. AU XXème et au XXIème, il a quand même dû passer à l’attaché-case : 2 millions de billets, ça fait combien d’attachés-cases ? J’aimerais faire un petit rêve : les attachés-cases qui arrivent en file chez moi, qui s’amoncellent dans l’entrée, dans ma chambre, dans ma pièce de séjour. Mmmm, je me sens une âme de vieille machine grippée qui a terriblement besoin d’être fluidifiée.

LES SYNDICATS ONT BESOIN DE SOUS

Plus sérieusement, les syndicats de salariés ont besoin d’argent : les adhérents se sont évaporés et ceux qui restent cotisent irrégulièrement. Les immeubles et les permanents, eux, sont restés et ça coûte. Même chose pour les syndicats patronaux : eux aussi voient les adhérents s’évaporer. Les milliers d’entreprises du textile, de la fonderie, de l’équipement automobile, de la chimie, de la sidérurgie, de l’électronique disparues et leurs emplois recréés en Chine, au Mexique, en Lettonie, en Tunisie, ça fait des cotisants en moins. Payer des juristes pour pouvoir défendre ses adhérents, ça coûte. Diffuser des journaux, des revues, ça coûte, surtout quand elles n’ont pas de lecteurs. Donc il faut aller chercher de l’argent ailleurs que dans la cotisation volontaire. Il y a bien le ministère du Travail et son budget aux multiples lignes illisibles, ce qui est bien utile. Il y a les organismes de formation professionnelle, les caisses de sécurité sociale, les services de l’UNEDIC, cette inépuisable floraison d’organismes paritaires aux missions si vastes, si débordantes d’humanisme qu ‘elles sont toujours à court d’hommes et de femmes d’expérience, mais à temps très partiel parce qu’ils sont déjà à temps très complet ailleurs que là où se mijotent leurs feuilles de paie.

Et tout ça, ça fait des feuilles de paie. Ca fait aussi des notes de frais, et pas au bistrot du coin. Ca fait aussi des boîtes de cigare, pas des petits cigarillos minables qui sentent mauvais. Comme disait une femme secrétaire général(e) d’un grand syndicat : « Quand je sors d’une réunion fatigante, j’aime arrêter mon chauffeur rue Saint Honoré et faire un moment de shopping, ça me détend ». Mais tout ça ne fait pas de l’argent liquide.

DE L’UTILITE DE L’ARGENT LIQUIDE

Alors à quoi ça sert et où ça passe, l’argent liquide ? Au CNPF d’autrefois, il y a eu longtemps une obscure officine, l’Institut d’histoire sociale avec, dans un modeste bureau, un illustre inconnu – sauf de ceux qui avaient vraiment besoin de le connaître – Georges Albertini. C’était une époque troublée, le patronat s’effrayait beaucoup plus des chars soviétiques qu’il ne l’avait été des les chars allemands. Et pour éviter cette horrifique perspective, il fallait fluidifier.

C’est comme ça que la CGT a explosé et que F.O. a vécu et prospéré (c’est le verbe exact) : avec des valises de billets en liquide, beaucoup d’entre elles remplies par la CIA, mais aussi beaucoup par le patronat. Mais il n’y a pas eu que F.O. Il y a eu d’autres syndicats, pas très grands mais si utiles pour signer des accords, ou très grands, avec de gros problèmes de fin de mois et qui, à défaut de signer des accords, pouvaient au moins ne pas se révolter contre les accords signés par les petits.

Il y a eu aussi les partis politiques, tous ces élus à la charnière des majorités et dont les votes étaient décisifs pour le bon combat. Et ces députés ou sénateurs amateurs d’amendements tellement techniques qu’il fallait les rédiger ailleurs et les présenter au petit jour, quand il reste une petite dizaine de parlementaires et que le ministre et ses conseillers ont sommeil. Et aussi ces journaux, ces journalistes, si précieux pour répandre des bonnes idées. Alors dans le bureau de Georges Albertini, il y avait un vrai coffre avec des vrais billets et les billets n’y moisissaient pas. Ils circulaient : c’est normal pour un fluide. L’argent liquide a une propriété merveilleuse : on ne sait jamais exactement combien en contient une valise, ou un attaché-case. S’il y en a un peu moins à l’arrivée qu’au départ, qui pourra dire avec certitude qui l’a épongé (c’est un liquide) ? Il n’y a pas d’enrichissement personnel, c’est bien connu, mais quels niveaux de vie ! C’est tellement commode, tellement confortable. Pourquoi ça devrait s’arrêter ? D’ailleurs la loi de 1884 n’oblige à aucune vérification : une loi qui a 123 ans ne peut pas être complètement mauvaise.

Alors les mines outragées de ces dignitaires patronaux qui baignent dans ces circuits depuis des décennies, auxquels leurs prédécesseurs ont donné la clef et la combinaison des coffres dire avec ce bel ensemble « Ah bon ? ça se faisait encore ? », il y aurait de quoi rire. . Heureusement que quelques vieillards à l’abri des peurs grâce à leur grand âge mangent le morceau : on a toujours fait ça, et on en distribuait beaucoup plus de notre temps (forcément, notre temps c’était mieux,). D’ailleurs c’est bien l’avis d’un ancien président de l’UIMM qui dit ingénument aux policiers qui l’interrogent courtoisement (on parie qu’ils ne le tutoient pas ?) : « Enrichissement personnel ? oh non ! Quelquefois, au moment de partir en vacances je prenais 3.000 €, ça m’évitait de passer à la banque. » 3.000 € (il n’a pas dit des francs, non : des euros), quelle admirable modération : on ne peut sûrement pas payer un palace à l’île Maurice avec ça. A l'époque des cartes de cédit mondiales, faut buien ça pour attendre le prochain distributeur automatique !

LA CAISSE DE L’UIMM ET LES AUTRES CAISSES

Mais attention, tout ça c’est seulement la métallurgie. Partout ailleurs dans la galaxie du Medef on a jamais fait quoi que ce soit de semblable. Je ne dis pas de répréhensible : la loi de 1884 le permet, ou ne permet pas qu’on s’en aperçoive. Ernest-Antoine, le sémillant prédécesseur de la douce Laurence qui fait de beaux rêves de salariés sans code du travail, ne venait-il pas en droite ligne de ce Comité des forges, devenu cette UIMM aux coffres insondables, et il n’a jamais entendu qu’on fasse la même chose au Medef. Sinon il l’aurait évidemment dit à sa successeuse, la grande Laurence qui, du coup, a pu dire que tout ça « est répugnant » ?

C’est bête que ça tombe sur DGS, pas pire pas meilleur que ses prédécesseurs et qui aime vraiment la négociation, surtout quand il gagne en fin de parcours. Espérons qu’il n’a pas un petit carnet couvert de notes minutieuses comme un général Rondot. Ou espérons pour lui qu’il l’a ce carnet, bien caché. Et espérons pour nous et notre instruction civique qu’un corbeau ou un service de police efficace(si, si : ça existe parfois pour ce genre de choses) le retrouvera bientôt et le glissera vers un dossier d’instruction couvert par ce merveilleux secret si élastique. Ce serait amusant d’entendre Marc Blondel redire : « C’est incroyable, on prend le patronat les doigts dans la confiture et on ne parle que des syndicats ! »

Et on ne parlera pas aujourd’hui de la médecine du travail. Faut rester cool !

11/11/2007

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