dimanche 30 septembre 2007

LE MERVEILLEUX RÊVE DE LAURENCE

LE REVE SI DOUX DE

LAURENCE

Oui, je sais, je l’avais pas encore avoué : je la connais vraiment bien. On a le droit de connaître des gens qu’on n’apprécie pas à 100%, non ? Alors l’autre jour on papotait assez relax et elle m’a raconté un de ses derniers rêves. Vous auriez vu son sourire, pas dans le registre éclatant comme au moment de son élection au MEDEF quand elle a écrabouillé tous ces mecs qu’elle n’apprécie vraiment pas (ni les hommes ni les rivaux). Non un sourire doux, une sorte d’illumination amoureuse : elle en venait à aimer les salariés français. Ne vous inquiétez pas, j’en arrive au fait, au rêve je veux dire.

Comme souvent dans les rêves, la localisation était imprécise, mais elle savait que c’était en France. Même chose pour la période, mais il lui semblait que c’était pour très bientôt. Alors voilà : le salarié français était :

- dévoué à son entreprise comme un employé japonais

- mobile comme un cadre étasunien

- doté d’un pouvoir d’achat comme un ingénieur luxembourgeois

- payé comme une ouvrière du textile chinois.

En fait, ce qu’il y a de plus drôle dans cette affaire, c’est que ce rêve je l’avais déjà entendu il y a plusieurs années. C’était un homme qui me le racontait avec le même émerveillement. Vous savez qui ? Ernekind, le joli diminutif d’Ernest-Antoine, celui qui parle en anglais devant le Président de la République française.

PRECIS DE SARKOMETRIE N° 2 : LES GENES

PRECIS DE

SARKOMETRIE

(FEUILLETON n° 2)

SARKOZY, LES GENES ET L’ADN

DES GENES HETEROSEXUELS AUX AUTRES GENES

Les gènes de SARKOZY l’ont fait hétérosexuel. Ce n’est pas une effraction dans le fichier ADN des délinquants sexuels qui a permis de divulguer cette information. C’est le PRESIDENT himself, élu par 53% des Français pas pour commenter l’actualité mais pour apporter des solutions, qui l’a déclaré devant un vaste public. Il s’est d’ailleurs depuis longtemps attaché à le démontrer largement, au-delà semble-t-il du seul cercle relativement restreint de ses épouses légitimes. Il n’est pas le seul à devoir d’attachants traits de sa personnalité à ses gènes. Se trouvent dans la même situation, nous a-t-il appris, les homosexuels, les pédophiles, les suicidés : des décennies de psychologie ridiculement subjective se sont ainsi retrouvées à leur place, dans les poubelles de l’histoire avec tous ceux qui ont cru grâce à ce soutien se connaître mieux et vivre mieux. Il est vrai que ce même Président (élu par …) a déclaré « Connais-toi toi-même est la maxime la plus idiote que je connaisse », ce qui nous fait regretter de le connaître mieux que lui-même.

Depuis un vote récent de l’Assemblée nationale, rejoignent cette cohorte les enfants ayant la bizarre intention de rejoindre leur papa qui travaille dans notre généreuse REPUBLIQUE, aux lois de laquelle nous tous et eux sommes priés de nous soumettre - sauf quand nos délits (des délits propres, hein, pas comme ceux des gosses de banlieue) sont dépénalisés ou le seront très bientôt.

DE LA TENTATION DE L’EXCES ET DE SON INUTILITE

Alors les tests ADN pour pallier les éventuelles défaillances d’état-civil de pays n’ayant pas comme nous le bonheur de connaître administration sans faille qui permit jusqu’à une époque récente aux électeurs corses d’ignorer les aléas d’un décès prématuré, que pouvons-nous en dire sans excès ?

Parce que l’excès, on en a bien envie. Déjà l’addition de l’identité nationale à l’immigration, ça provoquait une poussée d’adrénaline. Mais c’est ça la grande force de Sarko : une énormité, nous adrénalinons. Puis il faut bien se calmer. Alors vient l’énormité suivante, aussi sec on adrénaline de nouveau mais du coup l’énormité d’avant paraît tolérable. L’ADN, c’est comme ça.

L’ADN POUR LES COUPABLES

On l’introduit d’abord comme moyen d’enquête judiciaire. O.K., il y a un crime, il y a un juge, il y a un coupable et des innocents. Si ça clarifie vraiment l’identification du coupable et l’exonération de l’innocent, on est d’accord, évidemment. On l’introduit comme moyen de confirmation ou d’infirmation de la paternité. Là aussi il faut un juge et en plus il faut le consentement de celui à qui on va prélever son ADN. Là aussi, pas trop de problèmes : un juge, une procédure, un consentement. C’est grâce à ça que l’abbé Pierre n’est pas un papa inattendu. Tout ça reste raisonnable. D’autant que si on triche en essayant de faire un test ADN sans procédure judiciaire : 15.000 (oui, quinze mille) € d’amende. Ce qui n’empêche pas qu’on trouve sur Google des liens commerciaux pour commander des tests ADN de paternité de manière totalement confidentielle avec un numéro d’appel en 0800. Comment droit et non-droit coexistent et en plus c’est moins cher en clandestin qu’en officiel !

Alors arrivent les délinquants sexuels. Alors que les vidéo clubs regorgent de films pornos, que les enfants de huit ans regardent « J’ai deux trous, réchauffe-les moi » sur la télé familiale pendant que papamaman dînent chez des potes, que la Thaïlande, le Maroc et tant d’autres sont, comme chacun le sait, des destinations pour abstinents résolus, le crime sexuel a acquis le statut de crime absolu. Donc le test ADN pour le délinquant sexuel, nous l’avons accepté sans moufter.

L’ADN POUR LES NON COUPABLES

Et crac ! Revoilà le test ADN qui ressort pour une liste quasiment sans bornes de délits : même les faucheurs de maïs empoisonné y ont droit. Et attention : ça ne s’applique pas pour des délits jugés et condamnés. Non, ça s’applique pendant des gardes à vue. Evidemment on s’est ému. La gauche s’est émue, quelques belles âmes de droite ont émis des réserves et se sont absentées au moment du vote, quelques sénateurs ont chevrotés leurs doutes ! mais la loi est passée. Il devait bien y avoir 11 députés en séance pour l’adoption finale. Mais tout ça c’est du Sarko : même quand le projet de loi était présenté par le ministre de la justice (je mets une minuscule, c’est plus exact), c’est notre omniprésent ministre de l’Intérieur (je mets une majuscule, c’est plus réel) qui avait obtenu gain de cause dans les discussions interministérielles.

ET L’ADN POUR LES IMMIGRANTS (immigrés, ils y arriveront peut-être mais c'est vraiment pas sûr)

Alors maintenant les immigrants. On veut de l’immigré choisi. On se demande comment on va faire pour choisir entre un immigré pour manier le marteau-piqueur sur un chantier 48 heures par semaine (puisque évidemment il voudra travailler plus : il est venu pour ça) et un immigré pour laver la vaisselle et le reste dans un hôtel 50 heures par semaine (puisque évidemment il voudra travailler plus : lui aussi il est venu pour ça) et choisir entre celui qui voudra venir d’Afrique noire (celui qui ne s’inscrit pas dans l’histoire : peut-être que ses gènes ignorent l’histoire ?) et celui qui ne voudra pas venir d’Amérique du Sud. Mais bon c’est pas le problème, on parle d’ADN.

Donc ce n’est pas à l’immigré qu’on va demander un test, c’est à ses enfants quand il voudra les faire venir

- parce qu’enfin il aura décroché le salaire à 130% du SMIC (pourquoi on ne demande pas au Français qui veut avoir un enfant de gagner au moins 130% du SMIC ?)

- parce qu’enfin il aura décroché le logement aux normes sanitaires, y compris la ventilation basse de la cuisine, qu’on exige pour lui alors que des centaines de milliers de propriétaires ont le droit de louer à des français des logements hors normes.

Remarquons qu’on n’est pas des chiens : on l’oblige pas. On lui propose d’être volontaire. Pourquoi ? parce que dans son pays il n’y a pas d’état-civil fiable. De quels pays s’agit-il : au choix le Sénégal, la Centrafrique, le Niger … tous pays colonisés par notre mère patrie qui y a apporté la civilisation, l’hygiène, les ancêtres gaulois et donc censément l’état-civil ; Et notre mère patrie y a mis le temps : les habitants de Saint Louis du Sénégal élisaient un député alors que la Savoie n’était même pas encore française et l’Algérie, ça a duré 130 ans.

MAIS ATTENTION : SEULEMENT POUR LES VOLONTAIRES !

Vous voyez le tableau : la maman à Abidjan a fait la queue sous le soleil africain (celui qui leur a donné le rythme dans le sang) pendant des heures devant l’entrée aveugle du consulat de France. Elle est maintenant en face du fonctionnaire du consulat. Il est de catégorie C et en France il aurait un traitement de 1.400 € net. Là il multiplie par trois, il a une voiture avec une plaque diplomatique, il a une petite bonne africaine (elle est toute jeune, elle a déjà de très jolies formes mais ce n’est pas de la délinquance sexuelle : elles sont tellement précoces ! et puis elles aiment ça les petits européens blafards et bedonnants : toujours le soleil qui donne des pulsions). Tout ça lui donne une morgue à coté de laquelle l’ambassadeur paraît modeste. Et il lui dit : « Tes papiers (bien sûr, il la tutoie, comme un bon policier bien républicain avec les beurs de banlieue) sont pas nets : combien tu les a payés au maire de ton village ? (c’est pas en France qu’un élu se ferait payer un service, mais on pourra en reparler). Avec ça, rejoindre ton amri avec tes enfants, c’est pas évident. » Alors elle, qui sait comment on peut s’arranger avec tant de petits fonctionnaires des consulats, elle lui tend de nouveau les papiers et cette fois il y a une petite enveloppe dedans, avec quelques billets en CFA. Ca ne se passe pas ainsi dans tous les consulats, bien sûr, mais ça existe. Alors l’employé, sans dire merci : « Peut-être que si tu faisais faire un test ADN pour ton mari et les enfants, ça pourrait marcher. Qu’en penses-tu ? » Franchement, vous la voyez dire non ? Et voilà comment on fabriquera du volontariat.

Ce n’est pas fini. Il faut imaginer la scène suivante : elle habite dans une petite ville de 10.000 habitants à 120 km au nord d’Abidjan. Où le trouve-t-elle le labo capable de faire le test ? En France il faut un agrément donné par le ministère de la Santé après avis d’une commission spécialisée qui valide la qualification technique des installations et des médecins/pharmaciens qui y exercent.. Il y a de bons médecins en Cote d’Ivoire (pas tant que ça en fait : il y a plus de médecins ivoiriens en France que chez eux : ils n’ont pas eu besoin d’une immigration choisie par le gouvernement pour choisir par eux-mêmes) et aussi des labos corrects mais pas forcément au coin de la rue d’une ville moyenne. Alors elle le fait où le test, et à quel prix ? Quoique en y pensant bien, si on peut payer un faux papier d’état-civil on pourra peut-être payer un faux test ADN avec plein de cachets officiels.

LA PATERNITE/LE GENE, LE GENE/LA RACE/ LA NATION ???

Je m’égare dans les problèmes pratiques. J’allais presque oublier les principes. Pourquoi l’enfant serait-il l’enfant ? Est-ce que ce sont les gènes qui déterminent la qualité d’enfant ? On fait quoi des enfants adoptés, par exemple de ces délicieux petits noirs adoptés par des blancs, ou de ces délicieux petits vietnamiens adoptés par des blancs ? Vous allez dire : les blancs, ça n’émigre pas en France parce qu’on a déjà oublié les dizaines/centaines de milliers de polonais, italiens, portugais espagnols du siècle dernier. Et demain, oui demain, les ukrainiens seront évidemment éligibles à l’immigration choisie et pourquoi l’état-civil ukrainien serait-il plus fiable que le malien? On fait quoi des jeunes enfants de la mère décédée qu’on a pris chez soi parce que c’est la coutume ? On fait quoi du gosse perdu qu’on a recueilli dans la brousse ? On fait quoi avec l’enfant né grâce à une escapade extra matrimoniale mais qui est nourri, éduqué, aimé par le père ignorant (il y en a qui pourrait dire des choses sur les escapades extra conjugales, et même des chefs d’Etat pas tous dans un passé lointain) ?

La paternité est-elle seulement biologique ? Et si la paternité est seulement biologique, jusqu’où va la biologie ? est-ce qu’elle ne pourrait pas aller, par exemple, jusqu’à la nationalité ? Le droit du sang, ça ne rappelle rien ? La pureté du sang, ça ne rappelle rien ? Alors le Thierry MARIANI à la langue de bois révulsante quand il parle de « l’honneur de la République qui est d’accueillir » et tous ceux qui votent avec lui cette disposition, sont-ils incultes au point de n’avoir pas le moindre souvenir de ce qu’on a fait de cette notion de pureté biologique, ou bien est-ce cela qu’ils veulent à long terme, sans pouvoir l’avouer ? N’y aura-t-il pas dans ce pays de juifs pour dynamiter ce discours ? de gitans ? de parents d’enfants handicapés ? d’homosexuels ? pour rappeler comment au nom du sang pur (on ne connaissait pas les gènes, donc on parlait du sang) on les a concentrés, affamés, torturés, tués, exterminés ?

ET SI ON S’INDIGNAIT POUR DE BON ?

Et on retrouve là le début : une énormité, on adrénaline, on se calme, une autre énormité. Un délinquant avéré, un peut-être délinquant, un non délinquant. Nous sommes pourtant nombreux, les non délinquants (et si on rajoute les délinquants, encore plus). Alors on attend quoi ?

lundi 24 septembre 2007

PRECIS DE SARKOMETRIE



PRECIS DE

SARKOMETRIE

(FEUILLETON N° 1)

S’intéresser à la chiracologie, branche mineure de la paléontologie, n’empêche pas de s’intéresser aussi à une science plus récente et en pleine expansion, la SARKOMETRIE. Il ne s’agit pas de mesurer le sujet qui a donné son nom à cette discipline, ce serait vite fait. Il s’agit de mesurer les mesures qu’il prend, qu’il annonce, que l’on devine qu’il prendra, qu’il abandonne éventuellement.

Mais avant de plonger dans le sérieux, un instant de distraction : une devinette.

DEVINETTE :

D’accord, une devienette, c’est forcément bête. Mais on ne peut pas toujours être intelligent. Déjà l’être quelquefois … Alors la voilà :

Quelle est la différence entre Silvio Berlusconi et George W. Bush ?

Lorsque Sarkozy et Berlusconi se rencontrent, ils ont la même taille.

Lorsque Sarkozy et Bush sont photographiés ensemble, ils ont la même taille.

Donc Berlusconi = Bush.

Une autre, et puis on redevient sérieux. Mais celle-là l’est un peu :

Quelle est la différence entre Silvio BERLUSCONI et Nicolas SARKOZY ?

Berlusconi invite les milliardaires chez lui. Sarkozy est invité par les milliardaires chez eux.

Alors une question. Pourquoi un milliardaire invite-t-il chez lui quelqu’un qui n’est pas un ami depuis la maternelle ou le service militaire, ni un autre milliardaire avec lequel &échanger des milliards, ni un marchand d’art auquel acheter la pièce qui fera enrager les collectionneurs rivaux, ni un top modèle avec lequel engager une histoire torride ? Question délicate sur laquelle la sarkométrie peut nous apporter des indices de réponses, surtout si on l’inclut dans une approche comparatiste.

SARKOMETRIE/BERLUCOMETRIE/

BUSHOMETRIE

Berlusconi :

Berlusconi a-t-il baissé l’impôt sur le revenu ? Oui

Berlusconi a-t-il baissé les droits de successions ? Oui

Berlusconi a-t-il dépénalisé le droit des affaires ? Oui

Berlusconi est-il pote avec les patrons des médias ? Non. Il est LE patron des médias.

Bush :

Bush a-t-il baissé l’impôt sur ,le revenu ? Oui

Bush a-t-il baissé les droits de succession ? Oui

Bush a-t-il dépénalisé le droit des affaires ? Non. Mais il a nommé des juges qui essai nt de le faire et il a changé les procureurs généraux qui pourquivaient les hommes d’affaires républicains.

Bush est-il pote avec les patrons des médias ? Pas tous, mais il a réussi a tous les anesthésier. Et Fox News l’adore. Et plus important encore, les pétroliers débordent d’affection pour lui : il suffit de se rappeler ses « succès » de business.

Alors SARKO ??

Alors notre Sarkozy, notre président élu par 53% des voix pour apporter des solutions, et qui est entouré de gens qui, tous, « travaillent de façon remarquable » et même « la main dans la main » avec lui. Problème : Sarkozy est droitier, donc il tient Fillon de sa main gauche et il peut travailler. Mais Fillon est tenu par sa main droite et lui aussi est droitier. Alors comment travaille-t-il ? Je digressionne. Donc notre président, qu’a-t-il déjà fait, annoncé ?

L’impôt sur le revenu : il l’a baissé.Il l’a même diminué de manière progressive. Plus on en payait, plus la diminution sera forte, pas à cause d’un pourcentage constant, non à cause d’un pourcentage croissant. La progressivité à l’envers. Et pour ceux qui en payaient beaucoup avec en plus de l’impôt sur la fortune ? eh biern ils ne paieront plus la CSG. C’est pas bien trouvé ça ? Une des vraies réformes de gauche sous Mitterrand : les revenus de toute nature payaient pour la Sécu et c’est fini.

Les droits de succession : il les a baissés. Naturellement ceux qui n’en payaient presque pas sont tout heureux et le disent : on est arrivé à leur faire croire que cette mesure était construite pour eux. Mais les vrais bénéficiaires, eux à qui ça va éviter de se domicilier en Belgique (le climat de Bruxelles, vous connaissez ?) ou en Suisse (vous avez déjà essayer de discuter avec un Suisse alémanique d’Unterwalden ?), qui pourront en plus donner 100.000 € à chacun de leurs enfants une fois tous les 6 ans.

La dépénalisation du droit des affaires : elle est en train. Admirez le lieu de l’annonce : l’Université d’été du Medef (Medef et Université : je rêve, il ne croit qu’aux grandes écoles) : enthousiasme délirant des auditeurs. A la sortie : enfin un homme politique qui parle notre langage ! qui nous comprend ! Alors ceux qui sont pas au Medef et qui comprennent de quoi on parle, les juges, eh bien ils se roulent déjà par terre, façon de parler bien sûr : ils ne voudraient pas salir leurs jolies robes noires ou pourpres avec les peaux de lapin qui pendouillent et les décorations qui font gling gling. Alors on va faire ça progressivement. On fait bien une loi sur l’immigration par an. Il suffira de faire une loi sur la dépénalisation du droit des affaires par an, avec une savante progression à chaque fois. Et puis on pourra faire comme Bush : on changera des procureurs généraux et ça améliorera la compréhension. D’ailleurs Rachida, qui a toujours compris vite, mais qui comprend plus vite encore depuis qu’elle a son actuel compagnon a prévenu : on va faire la partité chez les procs. Il faudra regarder attentivement ces nominations !

Restent les médias. Est-il pote avec eux ? Il l’est tellement qu’il n’a pas besoin d’en être le patron. Bouygues, son témoin à son mariage et Solly, son ancien chef de cab, à la DG de TF1. Lagardère : son frère, du moins c’est lui qui le dit et il essaye de le prouver. Alain Genestar peut en témoigner. Patrice de Carolis : lui, il a intérêt à se tenir à carreau. Chiraquien d’origine, voilà un péché beaucoup plus grave que socialo. Quoique ! quelqu’un qui a réussi à dire du bien avec tant de conviction de Bernadette Chirac, on peut tout espérer de lui. Les journaux ? Le Figaro : Dassault + Beytout, pas besoin d’un dessin. Le Monde : il aime faire dans la nuance, donc a priori pas de risque de brûlot, mais il n’y a plus Colombani : la courtisanerie risque de baisser. Libération : pas sûr que le petit Rothschild puisse tenir le coût/coup très longtemps. La presse économique : pas de danger. La presse régionale : pas de danger, elle ignore la notion d’ennemi. L’Express, le Point : prosternés. Le Nouvel Obs : il aime Kouchner et les Gracques. Marianne : qui se soucie des imprécations de Jean-François Kahn. C’est pas beau la vie ?

D'où peut-être la réponse à la question initiale : qu'estce qui pousse un grand milliardaire à inviter un petit Sarko ...

dimanche 16 septembre 2007

TRAITE DE CHIRACOLOGIE 1

A COMPLETER (PAR VOUS ?)


D’accord, CHIRAC est un homme sympa. Il est chaleureux, il est proche des gens, leur tape dans le dos, sur le ventre (sur le cul, c’est pour les vaches en public et ses maîtresses en privé). La preuve : il est à la retraite et dès qu’il se promène relax en public, les passants se précipitent vers lui pour lui serrer la pince et lui disent : Tenez bon, hein, pas peur des juges, hein !! Je l’ai dit : « 60 ans, jem lâche ». 60 ans, donc j’ai des souvenirs, quelquefois flous, quelquefois précis. Alors je vais en raconter quelques uns, parce que, quand même, savoir qui c’est celui-là qu’on aime bien, ça vaut la peine, non ? Je ne vais pas parler politique, il y a des gens très qualifiés pour ça. Je ne vais pas parler des amis politiques trahis, poignardés dans le dos ou abandonnés dans l’indifférence, ils peuvent parler eux-mêmes (pourquoi tant de silence ?). Je vais juste parler de l’homme privé puisqu’il paraît qu’il n’y a pas d’argent public dans tout ça.

CHIRAC ET SON CHATEAU

D’accord, château c’est un grand mot pour cette bâtisse sans charme. Manoir ? Non il faut bien dire château puisque à peine nommé pour la première fois Secrétaire d’Etat, même pas encore ministre, il recevait ce cadeau inespéré et tellement spontané, n’est-ce pas, du ministère de la Culture : classé Monument Historique. La région regorge de vieux châteaux, des vrais, avec des tours, des échauguettes, des fenêtres aux encadrements Renaissance que personne n’a jamais pensé à classer monuments historiques. Mais peut-être que, par une intuition prophétique, le ministère de la Culture avait deviné que ce serait CHIRAC lui-même indissolublement lié à Bernadette, elle-même monument historique par destinée familiale et séculaire, qui serait monument historique. Conséquence de ce petit arrêté publié au Journal officiel : tous les travaux un peu consistants sont subventionnés par l’Etat ; Et, sans le savoir, je suis prêt à parier que les entreprises qui ont travaillé sur ce « château » n’ont jamais souffert des traditionnels retards de paiement de l’Etat.

Autour du château, un parc. Sous le parc, une prairie qui descend en pente douce vers la rivière. Un acheteur se présente pour cette prairie. Pour y construire une maison pour enfants handicapés. Beau projet dans ce coin de France pas franchement gâté par l’économie moderne. Que pensez-vous qu’il arriva ? Que la féroce Madone aux pièces jaunes, enthousiasmée, lui affecte la collecte de l’année ? Non, pas du tout. D’abord il et elle discute avec le maire : on ne pourrait pas empêcher cette construction ? J’vois pas comment, répond le maire. Alors on discute avec le propriétaire : vous tenez vraiment à le vendre ce terrain ? Ben non pas tant que ça, mais c’est qu’ça fait des sous quand même ! répond le proprio. Et si quelqu’un d’autre vous l’achetait ? Ben si le prix était meilleur, j’dirai pas non. Et alooors ? Un acheteur se présente : la Fondation Claude Pompidou. Cette institution très estimable, qui réalise des actions tout à fait intéressantes pour des jeunes ou des vieux, pourrait justement construire quelque chose, on ne sait pas encore précisément pas quoi, à cet endroit. On ne le sait tellement pas précisément que 20 ans plus tard rien n’est encore construit, pas même une première pierre posée à l’occasion d’une campagne électorale. Cette fondation reçoit des dons et, ô miraculeuse coïncidence (mais don Bosco ou Saint Vincent de Paul ont connu bien d’autres coïncidences miraculeuses) elle reçoit d’un donateur anonyme la somme de 500.000 Francs (les francs, vous vous rappelez ?) en liquide ! Le conseil, dont font partie le directeur des hôpitaux et le directeur de la Sécurité sociale bénit la divine Providence, accepte le don, achète le terrain et le laisse aux vaches.

Pour aujourd’hui c’est tout. C’est fatigant d’écrire. Et puis ça remue des nostalgies tout ça. CHIRAC, c’était du grand art quand même. Est-ce que le petit Nicolas, qui a une grande femme (lecontraire de CHIRAC, vous avez remarqué ?) saura faire aussi bien ?parce que juste un petit rabais sur un appart et un escalier intérieur, ça fait un peu mesquin à coté, non ? A bientôt pour un épisode 2 de chiracologie.

CONSTRUCTION DE SA TOMBE PAR LA REINE

EPISODE N°2 : A L’ENVERS

LA REINE CONSTRUIT SA TOMBE

( et elle n’en ressortira pas : l’œil est dans la tombe et regarde Ségolène)

Je vais lister. Ce n’est pas exhaustif, mais c’est sans a priori. Parce que moi aussi j’y ai cru et j’ai voté pour elle, convaincu (vous entendez : con.vaincu).


Les médias m’aiment, donc ils me soutiennent : c'est pas comme ça dans la vraie vie

C’était étonnant, non, cette médiatisation amoureuse ? Même le Figaro oubliait d’être la Pravda. Il y avait bien quelques formules venimeuses comme le Monde les aime, mais noyées dans le torrent des approbations, des émerveillements, des dithyrambes.

C’était en septembre, octobre, novembre quand les jours décisifs étaient encore loin, quand on savait qu’il est inutile de se donner à fond parce qu’il faut économiser ses forces pour se donner à fond sur la fin.

Mais quand arrivent février, mars, que l’échéance se précise, alors là le ton change. La presse de droite revient à droite toute, la presse de gauche revient à gauche toute et les hésitants manifestent leurs doutes. Il ne s’agit plus seulement de vendre des exemplaires, il faut d’abord vendre « le »candidat. Il y en aura quand même pour 5 ans, peut-être 10 !

Et alors là elle ne comprend pas : comment ? ils m’aimaient tant et ils me lâchent ? Comme elle ne supporte pas qu’on ne l’aime pas, qu'on l'égratigne, elle se carapace, se cuirasse, devient mordante (et elle sait l’être sans se forcer). Les médias racontent donc qu’en plus de dire des sottises, elle est méchante. Serait-elle pire que Martine ?


Les experts sont faits pour écrire, pas pour être lus et encore moins utilisés

Il y en a eu, des experts qui ont voulu travailler pour elle, et qui ont travaillé. D'anciens directeurs du trésor, du budget, de l’emploi, de l’industrie, des affaires africaines. D'anciens directeurs de la stratégie de multinationales, des directeurs financiers, des directeurs de recherche. Pas tous anciens d'ailleurs. Des universitaires, économistes, spécialistes des Etats-Unis, du Moyen-Orient, de la Chine, de tout. Par dizaines. Ils ont fait des notes. Au QG de la Madone usée des sondages, une armoire pleine : ils n’ont jamais eu l’ombre d’une réponse, même pas la mention « Vu » dans la marge. Ils ont proposé de participer à des groupes de travail : les groupes ne se sont pas réunis. Tout fiers, ils disaient : je travaille pour elle. Tout penauds, voire un peu rancuniers, ils disaient : je ne sais pas ce qu’elle fait. Et puisque je ne sais pas, ça ne peut pas être bon. Et par cercles concentriques, chez ces gens qui façonnent l’opinion, s’est répandue l’opinion qu’elle est ambitieuse plus que sérieuse, amatrice de coups médiatiques mais allergique au travail de fond. Et leur opinion, ces gens-là savent l’exprimer, ils savent la diffuser. Et Bayrou est si sympa.


On ne va quand même pas répondre à ceux qui nous écrivent !
Ce n’est pas d’hier, mais ça s’est accentué au fil du temps : on écrit au candidat. Le syndicat des gardiens de la prison de Clairvaux, l’association des pêcheurs à la ligne de Gisors, l’amicale des sapeurs-pompiers volontaires du Cantal : par centaines ces syndicats, ces associations, ces clubs de réflexion ou de loisirs écrivent aux candidats importants. Et ils leur posent des questions : êtes-vous d’accord pour instituer une fête nationale des anciens du colonialisme ? des anciens de l’anticolonialisme ? êtes-vous d’accord pour revaloriser le salaire des gendarmes plus que celui des policiers ? celui des policiers plus que celui des gendarmes ? et la mondialisation appliquée à la pêche dans nos ruisseaux, en pensez-vous autant (plus, moins) de mal que nous ?

Par milliers les lettres arrivent. Au QG de Mitterrand, de Chirac, de Balladur, de Jospin, des dizaines de personnes répondaient sans cesse, assuraient que le candidat adhérait pleinement à ces demandes et qu’il n’aurait de cesse de faire ce qu’il fallait. Et ces associations, groupements, groupuscules affichaient les réponses, les publiaient, les commentaient.

Au 282, bd Saint Germain, le 2-8-2, ces lettres ont afflué. Mais la porte du 282 était verrouillée à tous ceux qui ne faisaient pas partie du petit cercle initial et ceux-ci étaient trop importants et trop occupés pour répondre à ce flux. Alors là, ce n’est plus une, ce sont des armoires qui débordaient de lettres même pas ouvertes et restées sans réponse. Les envoyeurs pouvaient afficher fièrement les réponses de Sarko, Bayrou, Buffet. Mais de Ségo, point de réponse à afficher, ni à publier. Et chacun de se demander : elle n’en pense rien ou elle se fiche de moi ?


Dire (et penser) : je ne dois rien à personne alors que je dois tout à mes électeurs

Ca, c’est vraiment incroyable : dire à ceux qui peuvent vous faire roi (reine) : je ne dois, et donc ne devrai, rien à personne ! Ca sert à quoi de voter pour lui si notre élu ne nous doit rien ?
D’abord elle dit ça à ses électeurs du PS. Elle ne se contente pas de le leur dire, elle le leur montre. Pas d’éléphants auprès d’elle : un Menucci dont la gloire peine à dépasser les Bouches du Rhône, un Bianco, homme estimable et plein de finesse, mais si nostalgique ! Pas de grand meeting socialiste, ça ferait ringard. Tout est porté par Désirs d’avenir et ses internautes. Alors forcément les socialos, ils se démobilisent. La religion des parlementaires est faite : elle va se faire écrabouiller, elle ne va pas nous tirer pour les législatives, je me replie sur ma circonscription, je la laboure et je ne parle pas d’elle. Ils ont bien fait : il n’y a qu’à voir combien ont réussi à se faire réélire après la Bérézina présidentielle.

Le flou dans les idées. Quand ce n’est pas flou, ça inquiète

Y a-t-il vraiment besoin de commenter ? La sécurité, d’accord. Mais l’encadrement militaire ? Sarko n’avait même pas osé y penser. Et d’ailleurs les militaires sont égarés entre Kosovo, Afghanistan, Côte d’Ivoire, alors les rapatrier dans les banlieues … Où est-elle la conviction des socialos sur la prévention ?

Le drapeau tricolore ? On est patriote au PS, mais quand même ! D’accord, on ne la chante plus souvent mais on se rappelle ses paroles, l’Internationale et le genre humain. Et puis on est européen aussi, malgré un référendum calamiteux dû aux sottises stratégiques et tactiques du François si intelligent et si petit. Alors que chacun s’achète son petit drapeau et le mette sur sa pelouse, à son balcon, non, franchement, on n’y aurait pas pensé spontanément.

Et pour couronner le tout, « Aimons-nous les uns les autres », bras ouverts et visage orgasmique.

On continue ou on arrête la liste ?

Le flou, c’est aussi dans les impôts payés ou pas payés

Et la mère La Vertu qui se prend les pieds dans le tapis fiscal. D’abord le refus de répondre aux questions sur les impôts payés. Et comme il y a vraiment trop de risque que ça fuite, on répond. La maison de Mougins : le prix d’un cabanon. L’appartement de Boulogne : moins cher en 2005 qu’en 1992. Qui, dans la France constellée d’agences immobilières prospères, peut faire une aussi mauvaise affaire ? Ce n’est peut-être pas plus voyant que l’escalier intérieur ou les actions oubliées du cabinet d’avocat de Sarko, mais quand même ! Et pendant ce temps le prince consort, qu’on ne sort plus, trouve qu’à 4.000 € on est riche. Qu’est-elle alors : une maharané ? une concubine de nabab ?


La cerise sur le gâteau : battue et contente

Il faut l’avoir vu pour le croire. Le plus mauvais score au 1er tour depuis des décennies. 6 points d’écart au 2e tour (15 fois plus que Mitterrand en 74 !), 2.200.000 voix de moins. Et elle apparaît rayonnante : « J’ai un devoir envers vous, je le remplirai ». Quel autre devoir avait-elle que de gagner, là et maintenant ? Qu’est-ce qu’on en a à faire qu’elle pense déjà à 2012 ? Nous, il va falloir vivre 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 avant de penser à 2012. Et il va falloir les vivre avec Sarko, le Sarko de Bolloré, le Sarko de Bouygues, le Sarko d’Arnault, le Sarko de Bush, le Sarko qui ne peut mettre les pieds à Argenteuil. Double cauchemar : Sarko + elle. Je me réveille : ce n’est pas un cauchemar, c’est le réel.

CONSTRUCTION DE SA TOMBE PAR LA REINE

EPISODE N°1 : A L’ENDROIT

LA REINE CONSTRUIT SON ARC DE TRIOMPHE

Je l’avoue sans honte : je suis un vieux socialo. Vieux parce que pas jeune, mais aussi parce que je le suis depuis longtemps. Mitterrandien pas mitterrandolâtre mais convaincu, jospinien encore moins idolâtre (comment l’être?) mais tout aussi convaincu. Mais bon, pas de Lionel possible à l’horizon, il faut donc choisir ailleurs.

Les héros attendus :

Fafa, le grand homme, ou plutôt: LA capacité à penser la politique. Mais que de déceptions ! et ce mépris pour tout ce qui ne sort ni de Normale Sup ni de l’ENA ou l’équivalent. Et puis il y pense depuis si longtemps : en a-t-il encore vraiment envie : le temps et le désir, on pourrait en dire des choses sur ce sujet !

DSK, si intelligent, si charmeur. Tellement qu’il charme sans arrêt. Heureusement qu’il y a Anne (elle a du courage … mais bon, on ne va pas commencer à être indiscret, pas tout de suite), sinon la présidence, il n’y aurait pas plus pensé que ça. Mais il s’est mis à y penser et je me dis : pourquoi pas lui ? intelligent, compétent, ouvert, pas haineux, une vraie culture mondiale. Et il a été un si bon ministre de l’économie.

La sortie du bois : Ségolène est là

Et là dessus : Ségolène sort du bois. On se demandait si elle le ferait : elle le fait. Remarquez, il y en a qui ont prévenu. En 91, un conseiller de Matignon qui avait travaillé avec elle pendant presque 10 ans disait au Premier ministre : « Elle sera candidate, personne, pas même François, ne pourra l’en empêcher. » On l’avait écouté avec un peu de scepticisme, mais on avait quand même retenu. Entre temps elle est devenue la Zapatera. On ne sait pas si c’est un compliment quand on voit Zapatero et son sourire ravi, mais le résultat est là : il a gagné. Est-ce un présage ?

Elle avance, rayonnante et triomphante

Il faut voir comment elle avance : elle rayonne et on se précipite pour la soutenir. Elle est expérimentée, dans le paysage depuis des années et nous la voyons toute nouvelle. Mère de famille et pourtant virginale. A coté d’elle, les autres font tellement rassis, c’en est effrayant. Vieille et neuve à la fois !

D’ailleurs nous n’avons pas seulement peur des rassis. Nous avons encore plus peur du Sarko/karcher, du Sarko/sécurité à tout prix, du Sarko/Neuilly aux petites combines fiscales (sans parler des pas petites dont on ne parle pas), du Sarko/Cecilia (chut ! plus tard) qui rassemble si bien la vraie droite normale, mais aussi cette droite qui transpire le venin, la haine, la peur d’être privée de son bien, gros ou petit. Alors le vote neuf, le vote utile, ça tente.

Des bataillons de vieux socialos se lèvent et disent : ça vaut le coup d’essayer, non ? Et des foules de socialos pas encore vieux se lèvent aussi. Et comme le Parti, qui normalement coûte cher, fait des soldes, ils entrent en masse. On ne peut pas dire qu’ils sont partout bien accueillis ! ça non, mais ils sont là par dizaines de milliers. Ca n’égale pas encore les régiments des social-démocraties nordiques mais, à l’échelle des maigres effectifs français, ça fait foule ! Et ça débat, et surtout ÇA VOTE ! Et Ségolène gagne.

Elle démarre super bien

La route s’ouvre. Les éléphants ne l’ont pas piétinée. Les débats participatifs se multiplient par dizaines, par centaines et ça participe vraiment. A côté des débats passionnels mais amidonnés des sections socialistes, ça vit incroyablement. C’est spontané, les gens parlent avec leurs mots de tous les jours, leurs hésitations, leurs accents , leurs ébauches de solutions impensables : ça vit.

Il y a aussi l’afflux des experts : des fonctionnaires, des universitaires, des intellectuels : ils deviennent les "groupes ressources" (pourquoi faire simple ? parce qu'officiellement les experts, ce sont justement les non experts). Ils se préparent à travailler (ils se préparent toujours d’ailleurs : ça n’a pas commencé). Quand Ségolène est là, les réunions deviennent carrément mystiques. Les regards se nimbent d’adoration, les femmes sont émues et les hommes sourient aux anges. A la sortie de ces réunions, chacun marche sur son petit nuage rose.

60 ANS ? LA RETRAITE : LIBRE DE PARLE

60 ANS, J’AI LE DROIT DE CAUSER!

60 ans, la retraite. Pour beaucoup c’est de l’espoir –enfin le temps de vivre- et du désespoir –enfin le temps de mourir. Ou du moins de s’éteindre progressivement : que faire de tout ce temps qui n’en finit pas ?

Moi, je suis très content. Je travaille depuis l’âge de 19 ans, sans parler des petits boulots avant. Et tout ce temps, j’ai dû faire attention à ce que je dis.

Prof : il fallait faire attention tout le temps. Comment dire à un sale gosse ce qu’on pense de lui et de la manière dont il a été conçu ?

Fonctionnaire, petit d’abord : attention aux petits chefs et à leur autoritarisme. Plus grand ensuite : attention aux grands chefs et à leur fourberie. Plus grand encore : attention aux subordonnés et à leur susceptibilité. Sans parler du politiquement correct du moment. Et du gargouillis informe qui sert de langage administratif : je souhaiterais souligner à cet égard … une hypothèse prudent conduirait à envisager … sans doute conviendrait-il de consulter … une réaction d’opposition ne serait pas à exclure …

En entreprise : comment dire tout le mal qu’on pense des produits fabriqués ? comment dire tout le mal qu’on pense de l’obsession du court terme qui tue le long terme ?comment dire ce qu’on pense de la mégalomanie du président ? comment dire qu’on pourrait réduire de 30% les salaires des dirigeants, ce qui permettrait de préserver quelques centaines d’emplois ?

Donc tout le temps faire attention à ce qu’on dit, à la manière de le dire. La fermer en somme, même quand on y croit très fort.

Retraité à 60 ans : la retraite va tomber régulièrement et ce n’est pas l’assurance vieillesse qui nous licenciera (nos enfants, ce ne sera peut-être pas pareil). Les chefs se sont évaporés dans leur propre retraite, c’est plus des nuisibles. La plume (le clavier) peut se délier.

Alors tous ces sujets qu’il fallait éviter ou n’aborder qu’avec d’extrêmes précautions, je peux enfin plonger dessus. Je peux être désagréable, voire injuste : ce n’est plus le problème. J’ai droit non seulement à l’expression de mon sentiment mais aussi à celle de mon humeur. L’humeur, elle peut porter sur l’actualité. Elle peut porter sur du passé proche ou même plus lointain. Elle peut porter sur du futur. J’y vais et je commence par un sujet à la mode : le creusement d’une tombe royale par la reine elle-même.