mercredi 28 novembre 2007

VIVE LE POUVOIR D'ACHAT

PROJET DE LOI

RELATIF A L’AMELIORATION DU POUVOIR D’ACHAT

DES FRANCAISES ET DES FRANÇAIS




Françaises, Français, immigrés en situation régulière et de plus honnêtes et propres (je n’hésite pas à citer mes ministres quand ils pensent comme moi, n’est-ce pas Brice ?), vous m’avez élu par 53% des voix pour apporter des solutions à vos problèmes et pas pour commenter l’actualité, comme le faisait le roi fainéant qui m’a précédé. Vous avez d’ailleurs remarqué que je sais ne pas commenter l’actualité et que je n’ai pas dit un mot pendant les grèves qui vous ont si bien occupé ces derniers temps. Eh bien, j’ai observé en lisant d’un œil distrait les vingt-sept sondages que mes grands conseillers et mes petits ministres me communiquent quotidiennement, j’ai observé dis-je que vous avez un gros, gros souci : votre pouvoir d’achat. Eh oui, vous avez envie de gagner plus ! Et vous avez raison ! Vous seriez d’accord pour travailler plus, mais il faudrait qu’il y ait du travail à faire. Et vos employeurs qui peuvent maintenant vous ordonner de faire des heure supplémentaires en dépensant moins ne le font pas. Les pauvres, ils n’ont pas encore réussi à mettre au point des programmes de paie adaptés aux extravagances que mes fonctionnaires ont inventées. Rassurez-vous : à la fin de mon mandat, il y aura beaucoup moins de fonctionnaires et ceux qui resteront n’auront plus le temps d’inventer des systèmes compliqués. Remarquez, ils n’auront pas non plus le temps de vous faire des cours (vous mettrez comme moi vos enfants dans des écoles privées), ni de vous soigner (vous vous ferez comme moi soigner à l’Hôpital américain de Neuilly). Mais je m’égare : je vous parle de ce qui se passera dans 5 ans ou dans 10 ans parce que vous m’aurez évidemment réélu alors que ce qui vous intéresse, c’est votre pouvoir d’achat d’aujourd’hui, enfin je veux dire de demain matin. Alors j’ai décidé d’agir tout de suite et j’ai rédigé tout seul dans mon grand bureau presque aussi doré que ma chaîne, ma gourmette et ma montre un projet de loi que mes gugusses de l’UMP (et aussi du Nouveau Centre, si, si, ils existent) vont voter vite fait parce que Coppé va leur dire que sans ça ils se feront écrabouiller aux municipales. Alors comme je ne suis pas fonctionnaire, l’ENA je n’y ai même jamais pensé (d’ailleurs mes profs de Sciences Po n’y ont pas pensé pour moi), mon projet reste très simple. Mon secrétaire particulier qui se fait quelquefois appeler le Premier ministre de la France va le porter dès ce soir à l’Assemblée mais je vous le communique en priorité parce que c’est vous qui m’intéressez. Evidemment : c’est vous qui me réélirez.

PROJET

Article 1 : Le pouvoir d’achat des Françaises, Français, immigrés en situation régulière et de plus honnêtes et propres va augmenter

Article 2 : Dans ce but, les salaires vont être indexés sur l’évolution du salaire du Président de la République (je parle seulement des salaires parce que pour les dividendes j’en ai déjà tellement fait qu’ils ont augmentés encore plus que mon salaire).

Article 3 : Cette augmentation prend effet avec effet rétroactif à la date à laquelle vous avez eu le bon sens de m’élire parce que l’autre, elle était vraiment trop nulle.

Article 4 : L’INSEE est chargée de calculer mon pourcentage d’augmentation puisque personne, sauf moi, en sait précisément si c’est 140%, 170% ou 202%.

Article 5 : A titre de rémunération complémentaire et non imposable, le logement des Françaises, Français, immigrés en situation régulière et de plus honnêtes et propres sera pris en charge par la République, mais sans les domestiques qui vont avec parce qu’il faut bien qu’on ne me confonde pas avec vous.

Article 6 : A titre encore plus complémentaire, les Françaises, Français, immigrés en situation régulière et de plus honnêtes et propres auront droit une fois par an de partir en vacances sur un avion de la République à la condition expresse d’emmener avec eux

- leur maman (et leur papa s’ils s’entendent bien avec lui)

- le plus jeune de leurs enfants avec sa maman ou sa remplaçante

- un ou une représentant de la diversité répondant aux conditions de régularité, honnêteté et propreté définie par mon ministre des immigrants que je ne veux pas voir devenir immigrés.

Article 7 : Pour financer tout cela, les chefs d’entreprise joueront à l’Euro million chaque semaine entre la 34ème et la 35ème heure de travail. Les jours de RTT ne les dispenseront pas de cette obligation. Le montant des enjeux sera déductible du bénéfice imposable de l’entreprise.


Françaises, Français, immigrés en situation régulière et de plus honnêtes et propres, vous avez compris tout l’intérêt de mon projet et je suis sûr que vous me témoignerez votre reconnaissance dès le prochain sondage.

SARKOZY Nicolas

Egalement connu sous l’appellation de Président de la République

Pom pom pom pooom, en rythme avec les tambours et les trompettes de la Garde républicaine

L’écran de TF1 laisse place à la publicité. Non je veux dire : laisse place à une deuxième publicité

dimanche 25 novembre 2007

SARKOZYYYSME ET NERVOSIIISME

SARKOZYYYSME ET NERVOSIIISME

UNE VIEILLE NERVOSITE

Voilà longtemps que nous sommes familiarisés avec les manifestations de nervosité de notre encore jeune (meilleure manière de dire qu’il ne l’est plus tant que ça) Président qui a été élu par 53% des Français pour résoudre les problèmes et pas pour commenter l’actualité.

Crispation des zygomatiques sur un sourire automatique à coté duquel le visage de Jacques Chirac, malgré ses 25 ans de plus, semble un modèle de mobilité. Manie de taper frénétiquement sur l’épaule de ses interlocuteurs, surtout ceux qu’il n’aime pas (pour résister à la tentation de les escagasser ?). Secousses nerveuses du cou pour se dégager de cols de chemises pourtant coupées sur mesure. Jogging compulsif aux foulées heurtées et sans allonge (’effort de ses gardes du corps pour se contraindre à la petite foulée pour ne pas le laisser sur place !),. Pour le vélo, je ne sais pas, je l’ai jamais vu pédaler mais j’imagine que, vue de dos, la gesticulation doit être savoureuse.

Dans la série nerveuse, il y a aussi l’intempérance verbale. Supposons, pour être gentils, que « karcher » et « racaille » soient des dérapages contrôlés pour cause d’électeurs à conquérir aux dépens de non-électeurs. Mais que dire de ses célèbres colères décibélesques contre ses proches collaborateurs et de la profusion de noms d’oiseaux (pourquoi qualifier du nom de ces charmantes bestioles des injures ??) dont il les gratifie, « connards » étant le plus doux. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose que quand il dit de ses ministres en leur absence « Tous des nuls » ; Ces gens-là s’adorent, c’est bien connu, et la mégalomanie ne se confond pas avec le nervosisme en croissance exponentielle.

Mais après tout à chacun son tempérament et si de dignes préfets, conseillers d’Etat, anciens ou actuels ministres y trouvent une satisfaction qui leur évite un coûteux recours à des dominatrices tout de cuir et vinyle revêtues, pourquoi pas ?

MAIS CA S’AGGRAVE, NON ?

Mais reste-t-on dans le même registre quand notre Président recevant une grandissime journaliste américaine s’emporte devant elle sur l’inopportunité de ce rendez-vous, pourtant clairement inscrit sur son agenda et, l’écouteur déjà vissé dans l’oreille (eh oui ! notre président a l’anglais hésitant), traite son porte-parole d’imbécile après l’avoir interpellé sur son âge mental ? Et quand il plante là la journaliste qui ose, malheureuse américaine peu rompue à nos pratiques courtisanes, insister sur le sujet brûlant qui passionne tous les magazines (et, je l’avoue : moi aussi, les bleus à l’âme et ailleurs de Cecilia, ça me passionne) qu’il a courtisé pendant des années, un peu de glamour en quadrichromie pouvant humaniser la férocité de son ambition ?

Et quand, à bord d’un modeste bateau sur un lac américain (combien de cv ? 500 ? 800 ? pour transporter l’angineuse Cecilia et l’aguichante Rachida (la belle de Cadix aux yeux de velours …) il menace des journalistes américains, pas vraiment paparazzi mais habitués à filmer raisonnablement leur propre président, de leur casser la gueule ?

Et quand il va affronter (manière de parler : il leur a dit par avance qu’ils avaient raison de se révolter parce que, eux, c’est légitime) les pêcheurs, que l’un d’eux l’injurie (« enculé », c’est pas vraiment pire que connard, non ?) et que le Président, dans toute sa majesté de représentant de la France éternelle - la preuve : la muraille de gardes du corps qui l’entoure - lui braille : « descend si t’es un homme », ils sont où les nerfs de ce Président (élu par … ), ou plutôt ils sont dans quel état ? Et notre Etat, il risque quoi avec l’état des nerfs de ce Président ?

Est-ce qu’on s’arrête là ou on pose la cerise sur le gâteau ? Allez, va pour la cerise, en hiver ça ne peut pas faire de mal. Le 21 septembre, devant le Premier ministre irlandais, et donc devant des témoins (interprètes, conseillers diplomatiques …) puis le 3 septembre devant le Premier ministre suédois (donc là aussi avec témoins), il se lance dans un grand discours sur les musulmans. Mais ce n’est pas le fond du discours qui nous intéresse ici (encore que ça le mériterait, mais on ne peut pas tout faire en même temps), c’est la forme. Ceux qui parlent de cet entretien, que disent-ils : un Sarkozy nerveux, qui contrôle mal ses mouvements, qui bafouille, qui s’embrouille. Et attention : ceux qui racontent ne sont pas des journalistes d’opposition qui pourraient avoir très envie de forcer le trait : ça sort des cercles de diplomates (d’accord, y a aussi des langues de vipères parmi eux), mais deux cercles différents qui n’ont aucune raison de vouloir noircir le tableau.

LA NERVOSITE ET LE BOUTON ROUGE, CA NE FAIT PAS BEAUCOUP ?

Valium, Temestat, sexotherapie ? que lui faudrait-il pour retrouver un peu de calme ? Pas l’inertie à la Chirac, non, simplement un peu de calme pour qu’on ne s’inquiète pas des boutons rouges qui sont à portée de sa main droite.

25/11/2007

JEUNES DE BANLIEUE, DEGUISEZ-VOUS !

JEUNES DE BANLIEUE

DEGUISEZ-VOUS !

Jeunes de banlieue, vous mettez le feu à la 206 rouillée de votre voisin de palier. La BAC vous court après et quelquefois elle vous rattrape et hop ! le juge et la taule. Est-ce que ça vaut vraiment?

Jeunes de banlieue, vous incendiez la vieille école où vous avez crevé d’ennui pendant quelques années. Les CRS vous coursent, vous coincent, vous cognent (un peu, beaucoup moins que ceux de la bande d’à côté), et hop ! le juge + la taule + des dommages intérêts écrasants pour vos parents. Est-ce que ça vaut?

Franchement ça vaut pas, si vous voulez mon avis. Vous voulez mettre le feu à bien plus gros qu’une tire pourave ? Vous voulez saccager beaucoup plus beau qu’une maternelle avec les jolis dessins de vos petits frères sur les murs ? Je vous donne la solution : changez de tenue ! Habillez-vous en pêcheurs, déguisez-vous en agriculteurs : ça change tout et c’est facile.

En pêcheur ? Vous enlevez le sweat et la capuche (vous inquiétez pas, y a pas de risque de prendre froid). En bas, vous mettez un pantalon en toile épaisse, bleu marine. Au-dessus, un pull à col roulé en grosse laine, bleu marine. Tout en haut un bonnet en grosse laine, bleu marine. Par-dessus tout ça un ciré, jaune vif. Pour être tout à fait crédible, il faut picoler, mais attention : vraiment picoler, du rouge qui tâche et de la gnole. Si vous êtes pas bourrés pour faire le cirque, on vous prendra jamais pour des pêcheurs. Et là vous avez tous les droits. C’est pas moi, c’est le Président, celui qui a été élu par 53% des Français pour résoudre les problèmes, pas pour commenter l’actu, qui le dit. Je cite : « Chez les marins, quand on manifeste, quand on recourt à la violence, c’est jamais pour se distraire, c’est jamais pour nuire à autrui, c’est parce qu’on est désespéré, c’est parce qu’on a plus de recours ». Je suis désolé, mais par écrit je peux pas faire l’accent ni les tics.

Et donc, habillés en pêcheurs, bourrés comme des pêcheurs, vous manifestez et vous faites des feux grandioses : brûler des dizaines de pneus devant un grand dépôt d’essence, ça n’a pas plus de gueule qu’une minable Clio ? Alors vous vous inquiétez: « Mais si c’est plus gros, si c’est plus dangereux, ça va être encore plus relou avec les keufs ? » Eh bien non justement ! D’abord pas de BAC, elles sortent pas sur ces coups-là : forcément les pêcheurs c’est pas des criminels, c'est pas comme vous ! Y aura des CRS, forcément, mais pas d’inquiétude : respect ! Attention : pas respect de vous pour les CRS. Non : respect des CRS pour vous. Vous verrez, ils resteront garés à 200 mètres. Quand ils descendront de leurs cars, ils laisseront dedans casques, matraques, flashballs : ils voudraient pas vous faire croire à une provoc. Et quand vous repartirez après la manif, ils feront dégager la route pour que vous soyez pas dérangés. Et si vous voulez vraiment faire des dégâts, rappelez-vous : 3.000 pêcheurs à Rennes, une après-midi de manif, le Palais de Justice incendié, 360 millions de dégâts. Et votre essence pour vos 2-roues ou pour la BMW fauchée, bravo: réduction assurée, presque autant que pour l’ISF. Tout benef : le plaisir, le spectacle, la tune.

Et maintenant en agriculteurs. Même chose, il faut se déguiser. Vous avez droit à plus de fantaisie, ils sont pas tous habillés pareils. Mais attention, jamais le sweat et la cagoule. La casquette, c’est bien et y a des tas de modèles différents. Mais c’est important : il faut louer des tracteurs. Ca se trouve, des tracteurs à louer. Google vous dira où et si c’est pas en saison de gros travaux c’est franchement pas cher. Et attention aussi : il faudra changer d’accent. Le « R » bourguignon ou corrézien ça ressemble pas du tout au « R » beur, mais vous aurez le droit de continuer à parler fort. Picoler un peu aussi, c’est pas mal, mais pas autant que pour faire pêcheur.

Et alors là, vous pouvez y aller franco. Vous manifestez d’habitude devant le commissariat miteux de votre commune ? devant la mairie ? Minable ! Si vous êtes paysan (déguisé en), vous allez directement à la sous-préfecture, ou même à la préfecture. D’habitude vous balancez juste quelques cailloux ? Là vous pouvez balancer des tonnes d’ordures (forcément, vous êtes pas des vrais paysans, donc vous avez pas des tonnes de fumier, donc vous videz les poubelles, ça ressemble). Mais il y a quand même un risque : quand vous serez juste devant la préfecture, les gendarmes et les CRS vous taperont dessus, mais juste une bonne baston et des lacrymo, rien de grave. Mais si vous restez à 50 mètres, pas de blème : ils bougeront pas. Et s’ils en arrêtent quelques-uns uns, rien à craindre : pas de raclées, pas d’injures, pas d’invitation à rentrer au bled, juste deux-trois heures de garde dans leurs cars pour que ça se calme et en plus ils vous offriront à boire (forcément, dans les cars ils s’ennuient, alors ils boivent).

Si vous êtes vraiment en forme, vous pouvez faire mieux : vous pouvez vous faire un vrai bureau de ministre. Vous vous rappelez Dominique Voynet ? elle était ministre de l’Environnement, ministre de rien du tout quoi, mais ministre quand même, avec un vrai bureau de ministre, tout beau, des beaux meubles, des beaux tableaux. Eh bien les paysans, ils sont entrés, ils ont tout cassé, jeté tous les papiers et les ordi par la fenêtre et ils se sont tirés ! Les keufs, ils étaient juste à côté : ils en ont pas arrêtés un seul. Les juges, ils étaient pas très loin non plus : ils en ont pas jugé un seul. Les paysans, ils sont rentrés chez eux et ils se marrent encore quand ils se racontent ça en buvant un coup.

Jeunes de banlieue, un conseil, un bon :

faites pêcheurs, faites agriculteurs.

Y a pas plus d’avenir, mais c’est cool avec Sarko :

eux c’est pas de la racaille, y a pas besoin de karcher

15/11/2007

LES SOUS DU PATRONAT

ET

LAURENCE, LA PERDRIX DE L’ANNEE

Ah Laurence, qu’il est beau d’avoir réussi à être fille de patron, patronne toi-même et élue à la présidence du MEDEF et, en même temps, d’avoir conservé cette fraîcheur incroyable (incroyable ? ça doit être le mot juste) ! Franchement, j’admire !

Laurence, tu découvres avec stupeur que l’UIMM a une caisse noire. Tu t’indignes : « Ces pratiques sont dégradantes, répugnantes. » C’est beau une si sincère indignation. Très beau. Que tu dois en vouloir au grand Ernest-Antoine, le petit Ernekind, de t’avoir caché tout cela quand il t’a proposé de lui succéder (toute seule, tu n’avais pas eu l’idée d’un tel destin, n’est-ce-pas ? tu es bien trop modeste, bien trop pudique). Il te soutient dans ta campagne.

Pour cela il trahit ce monde de la métallurgie qui a fait la fortune séculaire de sa famille, il abandonne l’UIMM où il a si longtemps trôné dans la coulisse et quelquefois à l’avant-scène, où tout le monde le saluait avec respect : vous pensez, l’homme qui a su arracher des milliards de subventions pour sa sidérurgie gérée en dépit du bon sens - à sa décharge, l’Etat l’a bien aidé à se tromper -, qui a réussi à supprimer des dizaines de milliers d’emplois sans bourse délier puisque l’Etat (je veux dire : vous, moi, chacun de nous) a tout payé, a réussi à faire nationaliser son gouffre et à garder tout ce qui avait de la valeur, châteaux ou entreprises. Bravo l’artiste et merci Giscard/Barre, les amis des prolétaires.

Donc, pour en revenir à toi, Laurence, cet artiste éminent de la finance ne t’a en rien prévenu des turpitudes du patronat ! Admirable discrétion, et toi tu ne t’étais doutée de rien. Tu n’étais membre du conseil exécutif du MEDEF que depuis deux ans quand tu as accédé à la Présidence, un délai bien trop court pour avoir jamais entendu parler de quoi que ce soit sur les circuits financiers du syndicalisme patronal, du syndicalisme ouvrier, du monde politique français. Bravo Laurence, devenir présidente du Medef en ayant réussi à rester une oie blanche, voilà une vraie victoire pour le féminisme : comme les hommes, tu as eu le droit à l’ignorance et à la réussite. Enfin l’égalité !

SEGOLENE AVOUE !

SEGOLENE AVOUE :

« IL FAUT TOUT CHANGER AU P.S. »

Y COMPRIS ELLE ?

Enfin un aveu de la si-silencieuse Ségolène dont nous attendons tous avec une impatience sans cesse croissante le livre de réflexion (?) critique (oui, elle sait comment ça s’écrit) qui était promis pour le mois de septembre. Alors, à Rome, sous une magnifique tapisserie, elle confie : « Il faut tout changer au P.S. » Reconnaissons-lui une qualité : elle ne dit pas « changer de logiciel », elle ne nous prend pas, elle ne se prend pas pour un ordinateur. Il faut dire qu’elle aurait dépassé le niveau admissible de bugs. Alors faut-il aller jusqu ‘à changer de candidat(e) pour 2012 ? Avouera-t-elle que la seule responsabilité que nous lui avons confiée était de battre son, notre adversaire ? et que depuis sa brillante déconfiture (et la nôtre, beaucoup moins brillante) elle n’en a plus aucune à part le développement en Amérique du Sud du chabichou.

14/11/2007

L’UIMM, CEUX QUI OUBLIENT, CEUX QUI SE SOUVIENNENT

L’UIMM

CEUX QUI OUBLIENT, EUX QUI SE SOUVIENNENT

600 millions d’€ dans la caisse noire, non : dans la caisse de solidarité, la caisse du RMI pour patronat en somme. 20 millions retirés en liquide : j’imagine, j’essaie de calculer le volume de billets que ça représente. Parce que l’argent liquide, ça se distribue pas en billets de 500 € : aucun commerçant ne les prend. Imaginons 20 millions d’€ en billets de 20 € : 2 millions de billets ! une surface de 2.734.000 m2, mis bout à bout : 2.640 km de longueur, Paris-Moscou sur un tapis de billets de 20 €. Le patronat du 19ème siècle mettait l’argent dans des lessiveuses. AU XXème et au XXIème, il a quand même dû passer à l’attaché-case : 2 millions de billets, ça fait combien d’attachés-cases ? J’aimerais faire un petit rêve : les attachés-cases qui arrivent en file chez moi, qui s’amoncellent dans l’entrée, dans ma chambre, dans ma pièce de séjour. Mmmm, je me sens une âme de vieille machine grippée qui a terriblement besoin d’être fluidifiée.

LES SYNDICATS ONT BESOIN DE SOUS

Plus sérieusement, les syndicats de salariés ont besoin d’argent : les adhérents se sont évaporés et ceux qui restent cotisent irrégulièrement. Les immeubles et les permanents, eux, sont restés et ça coûte. Même chose pour les syndicats patronaux : eux aussi voient les adhérents s’évaporer. Les milliers d’entreprises du textile, de la fonderie, de l’équipement automobile, de la chimie, de la sidérurgie, de l’électronique disparues et leurs emplois recréés en Chine, au Mexique, en Lettonie, en Tunisie, ça fait des cotisants en moins. Payer des juristes pour pouvoir défendre ses adhérents, ça coûte. Diffuser des journaux, des revues, ça coûte, surtout quand elles n’ont pas de lecteurs. Donc il faut aller chercher de l’argent ailleurs que dans la cotisation volontaire. Il y a bien le ministère du Travail et son budget aux multiples lignes illisibles, ce qui est bien utile. Il y a les organismes de formation professionnelle, les caisses de sécurité sociale, les services de l’UNEDIC, cette inépuisable floraison d’organismes paritaires aux missions si vastes, si débordantes d’humanisme qu ‘elles sont toujours à court d’hommes et de femmes d’expérience, mais à temps très partiel parce qu’ils sont déjà à temps très complet ailleurs que là où se mijotent leurs feuilles de paie.

Et tout ça, ça fait des feuilles de paie. Ca fait aussi des notes de frais, et pas au bistrot du coin. Ca fait aussi des boîtes de cigare, pas des petits cigarillos minables qui sentent mauvais. Comme disait une femme secrétaire général(e) d’un grand syndicat : « Quand je sors d’une réunion fatigante, j’aime arrêter mon chauffeur rue Saint Honoré et faire un moment de shopping, ça me détend ». Mais tout ça ne fait pas de l’argent liquide.

DE L’UTILITE DE L’ARGENT LIQUIDE

Alors à quoi ça sert et où ça passe, l’argent liquide ? Au CNPF d’autrefois, il y a eu longtemps une obscure officine, l’Institut d’histoire sociale avec, dans un modeste bureau, un illustre inconnu – sauf de ceux qui avaient vraiment besoin de le connaître – Georges Albertini. C’était une époque troublée, le patronat s’effrayait beaucoup plus des chars soviétiques qu’il ne l’avait été des les chars allemands. Et pour éviter cette horrifique perspective, il fallait fluidifier.

C’est comme ça que la CGT a explosé et que F.O. a vécu et prospéré (c’est le verbe exact) : avec des valises de billets en liquide, beaucoup d’entre elles remplies par la CIA, mais aussi beaucoup par le patronat. Mais il n’y a pas eu que F.O. Il y a eu d’autres syndicats, pas très grands mais si utiles pour signer des accords, ou très grands, avec de gros problèmes de fin de mois et qui, à défaut de signer des accords, pouvaient au moins ne pas se révolter contre les accords signés par les petits.

Il y a eu aussi les partis politiques, tous ces élus à la charnière des majorités et dont les votes étaient décisifs pour le bon combat. Et ces députés ou sénateurs amateurs d’amendements tellement techniques qu’il fallait les rédiger ailleurs et les présenter au petit jour, quand il reste une petite dizaine de parlementaires et que le ministre et ses conseillers ont sommeil. Et aussi ces journaux, ces journalistes, si précieux pour répandre des bonnes idées. Alors dans le bureau de Georges Albertini, il y avait un vrai coffre avec des vrais billets et les billets n’y moisissaient pas. Ils circulaient : c’est normal pour un fluide. L’argent liquide a une propriété merveilleuse : on ne sait jamais exactement combien en contient une valise, ou un attaché-case. S’il y en a un peu moins à l’arrivée qu’au départ, qui pourra dire avec certitude qui l’a épongé (c’est un liquide) ? Il n’y a pas d’enrichissement personnel, c’est bien connu, mais quels niveaux de vie ! C’est tellement commode, tellement confortable. Pourquoi ça devrait s’arrêter ? D’ailleurs la loi de 1884 n’oblige à aucune vérification : une loi qui a 123 ans ne peut pas être complètement mauvaise.

Alors les mines outragées de ces dignitaires patronaux qui baignent dans ces circuits depuis des décennies, auxquels leurs prédécesseurs ont donné la clef et la combinaison des coffres dire avec ce bel ensemble « Ah bon ? ça se faisait encore ? », il y aurait de quoi rire. . Heureusement que quelques vieillards à l’abri des peurs grâce à leur grand âge mangent le morceau : on a toujours fait ça, et on en distribuait beaucoup plus de notre temps (forcément, notre temps c’était mieux,). D’ailleurs c’est bien l’avis d’un ancien président de l’UIMM qui dit ingénument aux policiers qui l’interrogent courtoisement (on parie qu’ils ne le tutoient pas ?) : « Enrichissement personnel ? oh non ! Quelquefois, au moment de partir en vacances je prenais 3.000 €, ça m’évitait de passer à la banque. » 3.000 € (il n’a pas dit des francs, non : des euros), quelle admirable modération : on ne peut sûrement pas payer un palace à l’île Maurice avec ça. A l'époque des cartes de cédit mondiales, faut buien ça pour attendre le prochain distributeur automatique !

LA CAISSE DE L’UIMM ET LES AUTRES CAISSES

Mais attention, tout ça c’est seulement la métallurgie. Partout ailleurs dans la galaxie du Medef on a jamais fait quoi que ce soit de semblable. Je ne dis pas de répréhensible : la loi de 1884 le permet, ou ne permet pas qu’on s’en aperçoive. Ernest-Antoine, le sémillant prédécesseur de la douce Laurence qui fait de beaux rêves de salariés sans code du travail, ne venait-il pas en droite ligne de ce Comité des forges, devenu cette UIMM aux coffres insondables, et il n’a jamais entendu qu’on fasse la même chose au Medef. Sinon il l’aurait évidemment dit à sa successeuse, la grande Laurence qui, du coup, a pu dire que tout ça « est répugnant » ?

C’est bête que ça tombe sur DGS, pas pire pas meilleur que ses prédécesseurs et qui aime vraiment la négociation, surtout quand il gagne en fin de parcours. Espérons qu’il n’a pas un petit carnet couvert de notes minutieuses comme un général Rondot. Ou espérons pour lui qu’il l’a ce carnet, bien caché. Et espérons pour nous et notre instruction civique qu’un corbeau ou un service de police efficace(si, si : ça existe parfois pour ce genre de choses) le retrouvera bientôt et le glissera vers un dossier d’instruction couvert par ce merveilleux secret si élastique. Ce serait amusant d’entendre Marc Blondel redire : « C’est incroyable, on prend le patronat les doigts dans la confiture et on ne parle que des syndicats ! »

Et on ne parlera pas aujourd’hui de la médecine du travail. Faut rester cool !

11/11/2007